Make services publics great again

Séries et TikTok : quand la pop culture redore le blason du service public.

Sur le papier, difficile de faire moins vendeur que la série Céleste : une inspectrice des impôts de soixante ans, un peu revêche, est chargée, dans le cadre d’une inspection fiscale, de prouver qu’une star internationale a bien résidé plus de 184 jours en Espagne et qu’elle doit donc y payer ses impôts. Le scénario, inspiré des déboires de Shakira avec le fisc espagnol, oscille entre polar et portrait social : d’un côté, les projecteurs aveuglants de la célébrité mondialisée, et de l’autre, les néons blafards de l’administration. La série produite par Movistar+ et diffusée sur Arte s’inscrit ainsi dans une tendance plus large de la pop culture contemporaine à réhabiliter le service public et l’idée de solidarité collective.

La série est d’abord une affaire de femmes, situées à des endroits opposés de l’espace social et des modèles de féminité. D’un côté, la star, incarnation d’une féminité néolibérale : jeune, belle, mince, puissante, visible. De l’autre, Sara et son assistante Dani, reléguées hors du marché de la « bonne meuf », pour reprendre Virginie Despentes. La première est perçue comme « vieille », austère ; la seconde, “ne paie pas de mine”, elle qui débute sa carrière comme inspectrice des impôts. Si Sara peut parfois laisser planer un doute, Dani, elle, échappe totalement à une logique de rivalité ou d’envie : fan sincère de la chanteuse Céleste, elle n’oublie pas son métier et mobilise même les réseaux sociaux, les blogs de fans et les traces numériques au service de l’enquête, consciente que les espaces de glorification peuvent aussi devenir des instruments de contrôle.

Dans le même temps, l’admiration spontanée pour la chanteuse se fissure à mesure que l’enquête progresse. À mi-parcours, acculée par la traque fiscale, Céleste décide alors de faire don à l’hôpital public de machines censées soigner des enfants malades, officiellement pour remercier l’Espagne de son accueil. Le geste est double : il va sans doute soigner réellement les enfants, mais surtout réparer son image. Là où l’impôt finance de manière invisible le collectif, son don spectaculaire devient un investissement symbolique dont elle peut immédiatement tirer profit en termes de réputation. Une forme de blanchiment où céder un peu de capital économique permet d’en tirer un bénéfice social et moral. Alors qu’elle vend déjà des millions de disques, elle occupe tout l’espace : publicité à la radio, à la télévision, sous les abribus pour ses produits dérivés, au point que la série pose alors une question simple : pourquoi les ultra-riches cherchent-ils toujours à le devenir davantage ? Où s’arrête la course à l’accumulation ?

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Par Rose Lamy

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