Des mots, des bourgeois et mon premier reels sur instagram pour cette newseltter de Mars !
Bonjour !
Je suis assez inspirer ces jours, la newsletter devrait reprendre son rythme.
Voici le texte du mois !
Dans Le Soir du 27 février 2025, le CEO de Proximus, Stijn Bijnens, annonce que 1 200 emplois disparaîtront dans les dix prochaines années à cause de l’intelligence artificielle, avant de préciser : « On ne détruit pas des emplois, on les reconstitue avec moins de personnes. » Je ne souhaite pas discuter ici du fond du dossier, mais d’une petite phrase qui en dit long. Ma première réaction a été de rire nerveusement et de me dire qu’ils nous sous-estiment décidément avec constance. Les paroles de Foule sentimentale d’Alain Souchon me reviennent comme un refrain chaque fois que le mépris s’exerce depuis les hautes sphères du pouvoir : « On nous prend, faut pas déconner, dès qu’on est nés, pour des cons, alors qu’on est des foules sentimentales. »
Je me suis souvenu avoir éprouvé la même sidération lorsque, en pleine crise du Mouvement des Gilets jaunes en France, le député français Gilles Le Gendre avait expliqué que le gouvernement avait été « trop intelligent, trop subtil, trop technique » dans sa manière de présenter les mesures de pouvoir d’achat. Si le pays s’était embrasé, ce n’était pas parce que celles et ceux qui voyaient le prix du gasoil s’envoler avaient parfaitement compris les conséquences de cette décision sur leurs vies, mais parce que les responsables politiques auraient manqué de pédagogie. Pourtant, qui mieux qu’un consommateur, qui mieux qu’une personne contrainte de compter chaque euro, peut saisir ce que signifie une hausse de quelques centimes à la pompe ?
«Le bourgeois feint de traiter le peuple comme l’ensemble de ses enfants ; il le reprend, l’avertit, le secourt, car il est assez clair que ce peuple ne saurait prendre lui-même en main ses destinées. Quand il punit le peuple, il le punit comme son propre enfant, pour son bien. Il dit : qui aime bien châtie bien. » Paul Nizan, Les chiens de garde.
Face à ce type de déclaration, il n’y a que deux hypothèses selon moi : soit ils sont stupides, soit ils pensent que nous le sommes. J’opte pour la deuxième option : ils nous pensent incapables de comprendre ce qui se joue derrière leurs tours de passe-passe lexicaux. « On ne détruit pas des emplois, on les reconstitue avec moins de personnes. » L’emploi devient une entité abstraite, détachée des corps des salariés, de leurs fatigues accumulées et de leurs angoisses nocturnes. Le verbe « reconstituer » est presque synonyme de réparer et fait naître l’idée du soin, le contraire absolu de ce qui se passe en réalité : une suppression de postes pour économiser de l’argent grâce à l’intelligence artificielle. Et puis, la chose que l’on prétend soigner, ce n’est pas le salarié mais la structure.
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